1ère Partie Prologue
2ème Partie Prologue
Epilogue 1ère Partie
Epilogue 2ème Partie
Epilogue 3ème Partie
Table des Matières 1
Table des Matières 2
Table des Matières 3
Distinction
Commande
Epilogue 3ème Partie

À l’inverse, les médias occidentaux devraient également s'abstenir d'être la caisse de résonance de certains lobbies qui perpétuent le mythe du musulman incarnant systématiquement les trois V : violence, vol et viol. De surcroît, une étude des médias et des films occidentaux[1] des dernières décennies montre que le musulman est très souvent représenté sous forme d'un primitif perfide, d’un fataliste ou d’un menteur invétéré.

J'ai en outre constaté, en lisant des journaux arabes et occidentaux (en français et anglais) en vue de l'élaboration de cet ouvrage, deux attitudes qui reflètent et alimentent un racisme réciproque. Dans les journaux occidentaux, lorsque des faits répréhensibles sont rapportés et que les suspects ou coupables sont d’origine arabe ou musulmane, cette origine est systématiquement mentionnée (par exemple, il est précisé : le Français « d'origine marocaine » Moussaoui est accusé d'avoir participé aux attentats du 11 septembre 2001). Si l'auteur du méfait est de souche ou d’origine non arabo-musulmane, cette précision est omise. De même, dans la presse arabophone, on insiste sur l'origine de la personne mentionnée, particulièrement si celle-ci est d'origine juive. Ainsi, le quotidien international arabe Al-Hayat du 31 décembre 2002, précise que le commentateur « juif américain » du New-York Times William Safir « s'attend à un exil probable du président Arafat pour l'année 2003 »[2].

Des mentions de ce type, qui insistent sur l'origine ethnique des personnes incriminées, sont courantes dans les médias. Et bien que parfois non intentionnelles, elles peuvent insidieusement attiser le sentiment raciste de certains lecteurs.

c)       Le « choc des civilisations » ou choc des puritanismes : un plat qui risque d'être réchauffé

La paix entre chrétiens et musulmans est malmenée de toutes parts, et ce depuis l'avènement des croisades, mais elle semble résister à la rupture définitive. La menace d'un choc des civilisations n'est pas nouvelle. Pour les musulmans, il s'agit là d'un fait réel auquel la cohabitation avec d'autres religions les a habitués à travers l'histoire. Ils attribuent ces chocs de civilisations à la nature même des diverses prophéties et civilisations qui négligent de mettre l'accent sur les valeurs unificatrices entre les êtres humains.

En ce qui concerne les musulmans, les chocs de civilisations ont toujours été le fait des Occidentaux (Croisades, conquêtes napoléoniennes en Égypte, colonialisme franco-britannique, etc.). Or, aujourd'hui, on essaie de nous faire croire que les pays musulmans se concertent à leur tour pour envahir l’Occident au nom du djihad. Un amalgame est volontairement créé entre la position de groupes minoritaires radicaux qui, depuis Ibn Taymiyya, appellent au djihad et la majorité silencieuse du monde musulman qui n'aspire qu'à vivre dans la paix et l'harmonie avec le reste de la planète. C'est le cas de tous les croyants modérés, des soufis et des laïcs, pour qui l'islam est une affaire individuelle qui les cimente en une société dont les valeurs sont purement spirituelles et pacifiques.

L'histoire montre que tout dépend de la volonté des dirigeants politiques et religieux des différents camps. Ceux-ci ont tantôt choisi la confrontation, tantôt la coexistence et la coopération dans le respect mutuel. Ainsi, le monde a déjà connu, d'une part, des moments de chocs sanglants dirigés par les croisés en Orient ou lors de l'avancée des musulmans jusqu'à Poitiers (France) et, d'autre part, des temps d'apaisement et de respect mutuel entre musulmans et chrétiens, telles les relations entre Charlemagne et le calife abbasside Haroun al-Rachid.

Aujourd'hui, certains lobbies militaro-industriels et pétroliers ont cru devoir « réchauffer » la théorie du choc des civilisations pour s'imposer à travers le monde. Cela a eu pour conséquence de raviver la méfiance, l'hostilité et l'esprit de confrontation religieuse. Les musulmans soupçonnent ces lobbies de vouloir intervenir à l'intérieur de leurs frontières afin de profiter de leurs richesses et de leur imposer des systèmes économiques et culturels mondialisés. Pour contrecarrer ces velléités, ils ont organisé la résistance par l'intermédiaire de la société civile de leurs pays, qui a su absorber le choc et éviter une confrontation généralisée avec l'Occident.

À titre d'exemple, en 1991, lors de la guerre du Golfe entre les armées alliées et l'Irak, le monde islamique faillit se révolter massivement contre l'occidentalisation qui le menaçait jusqu'au cœur des lieux saints de <personnamew:stonproductidla Mecque. Cependant>la Mecque. Cependant, la guerre totale entre les blocs civilisationnels, y compris avec le judaïsme, n’eut pas lieu. Elle fut évitée de justesse.

La deuxième guerre livrée en 2003 contre l'Irak ne manquera pas de plonger le monde musulman dans le désarroi et le rejet de l’Occident. Elle donnera lieu à toutes les dérives radicales et même si le terrorisme international finit par être plus ou moins jugulé, l'intégrisme religieux continuera son avancée auprès du peuple déçu par l'attitude du monde politique occidental. Cet intégrisme finira par gagner même les musulmans modérés en proie à la frustration et aux malentendus politiques avec les États-Unis et les Européens, et ce qui est actuellement un conflit entre puritanismes chrétiens et islamiques risque de dégénérer. L'on verra peut-être aussi des peuples dont les gouvernements sont soutenus par les Occidentaux pencher définitivement du côté du radicalisme islamique.

Le seul moyen d'éviter de casser les relations fragiles qui existent entre Occidentaux et musulmans serait d'engager au plus vite un dialogue avec tous les courants politiques et religieux du monde islamique. Cet échange de vues devrait être égalitaire et s'accompagner de mesures concrètes. Des projets tangibles devraient être réalisés en vue d'aider les musulmans à se relever et à espérer vivre dignement, à l'abri de la misère morale et matérielle à laquelle ils sont condamnés actuellement.

L'attitude de la coalition anglo-américaine n'a pas manqué de compromettre le peu de confiance que les pays musulmans vouaient à l'Occident. Il faut espérer que l'après-guerre contre l'Irak débouchera néanmoins sur une prise de conscience réelle des musulmans, qui apprendront à se démocratiser et à se développer durablement par leur propre volonté. Avec l'aide internationale en prime, ces pays ne manqueront pas de faire éclore des talents politiques, artistiques et culturels jusque-là insoupçonnés. Ils mettront de nouveau en route « une formidable libération de la parole et de la réflexion » et un retour aux vertus de l'humanisme qui leur étaient reconnues durant l'âge d'or de la civilisation musulmane.

Dr. Z. Meriboute


[1] E.W. Said, Covering islam. How the media and the experts determine how we see the rest of the world, Pantheon Books, New York, 1981, pp. 4-23, et Islamic Fundamentalism and its image in the Western Media, http://www.acpcs.org/ekuras/ek25htm.

[2] Al Hayat, Londres, 31 décembre 2002, n° 14528, p. 1.