1ère Partie Prologue
2ème Partie Prologue
Epilogue 1ère Partie
Epilogue 2ème Partie
Epilogue 3ème Partie
Table des Matières 1
Table des Matières 2
Table des Matières 3
Distinction
Commande
Epilogue 2ème Partie

Sous couvert d'études de sciences islamologiques, à la fin du XIXe siècle, Ernest Renan nous livra pour sa part une vision de l'islam pour le moins étonnante, affirmant :

« L'islam est la plus complète négation de l'Europe ; l'islam est le fanatisme ; l'islam est le dédain de la science, la suppression de la socété civile ; c'est l'épouvantable simplicité de l'esprit sémitique, rétrécissant le cerveau humain, le fermant à toute idée délicate, à tout sentiment fin, à toute recherche rationnelle, pour le mettre en face d'une tautologie: « Dieu est Dieu ». L'avenir est donc à l'Europe et à l'Europe seule ; l'Europe conquerra le monde et y répandra sa religion, cette croyance qu'il y a quelque chose de divin au sein de l'humanité. »[1]

Malheureusement, ce genre d’écrit ne vit pas le jour que durant la période colonialiste du XIXe siècle. Tout récemment encore, l'écrivain-journaliste Oriana Fallaci a publié un livre truffé de préjugés racistes. Dans un style digne de la littérature nazie anti-juive des années trente, elle traîne tous les musulmans dans la boue animale. Pour elle, l'islam est « une prétendue culture » et les musulmans, ces fils d'Allah vomis et haïs, sont représentés par des « visages grimaçants, menaçants, hostiles, des voix enrouées, chargées de haine, bestiales »[2].

Maurice Szafran, qui a commenté l'ouvrage en question, dit à juste titre que systématiquement le lecteur est ramené au sexuel, d'un bout à l'autre de ce livre, et précise que Mme Fallaci a même

« l'abjection de préciser, 'Dieu merci, je n'ai jamais eu affaire à un homme arabe. À mon avis, il y a quelque chose dans les hommes arabes qui dégoûte les femmes de bon goût »[3].

Oriana Fallaci écrit également : « Si l'Amérique tombe, l'Europe tombera aussi » et prévoit notre futur en ces termes :

« (…) Et à la place des cloches, il y aura des muezzin, à la place des minijupes, il y aura des tchadors, à la place du petit cognac, le lait de chamelle »[4].

Enfin, certains analystes ne sont pas dupes de ce genre de situations qui frisent le totalitarisme primaire. L'histoire de la Seconde Guerre mondiale leur a appris à mesurer les conséquences désastreuses de ce type de « discours enragé », « violent » et porteur de « manichéisme primaire »[5].

Ce genre de racisme n'a pas de frontières car, en temps voulu, il déborde facilement sur d'autres ethnies et confessions. D’où la remarque de l'avocat du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entrer les peuples (MRAP), qui estime que, dans le livre de Mme Fallaci, « [S]i vous mettez le mot juif à la place du mot musulman, vous retrouvez la littérature des années trente »[6].

À l’inverse, par souci d'impartialité, je dirai que du côté musulman les préjugés envers les chrétiens et d’autres religions ne manquent pas. À cet égard, je citerai les paroles dures proférées par des savants musulmans à propos de l'ignorance des Occidentaux du Moyen Âge jusqu'au XVIIIe siècle. Ainsi au XIIe siècle, lors de son premier contact avec les Européens en Syrie, le penseur arabe Ousama ibn Munkidh les compara à des animaux dotés d'un minimum d'intelligence car ils n'arrivaient pas à assimiler les sciences et la médecine. Il faut rappeler qu'à l'époque les Arabes excellaient dans le domaine des sciences médicales et de la philosophie. Ousama ibn Munkidh manifesta son étonnement en décrivant les Occidentaux en ces termes :

« (…) des animaux, dont les seules vertus sont un courage et des aptitudes guerrières telles qu’on en trouve chez les autres animaux (...) ils n’ont aucune noblesse de sentiment (...) leur médecine est rudimentaire et primitive comparée à la médecine arabe, leurs procès au tribunal sont aussi stupides que bizarres » [7].

Plus tard, au XVIIIe siècle, le fameux savant arabe Al-Djabarti disait des Français qui accompagnaient Napoléon durant sa conquête d'Égypte (1798-1801) « qu'ils étaient des soûlards et [que] leurs femmes se comportaient de manière honteuse »[8].

Même de nos jours, ces préjugés entremêlés de fantasmes sont entretenus par les musulmans et les chrétiens. La représentation mentale que les différentes civilisations se font les unes des autres est regrettable. Ces opinions préconçues sont inlassablement transmises d'une génération à une autre. Le seul moyen de passer par dessus les préjugés indéracinables consiste à rétablir un minimum de confiance entre les différentes civilisations.

b)      Mesures de confiance à établir entre l'Islam et l'Occident

Il faut, avant tout, commencer par tolérer et respecter les valeurs d'autrui. Ce respect ne peut s'acquérir qu'à travers les institutions éducatives, familiales et religieuses. À cet égard, la responsabilité d'une éducation pour la paix et la tolérance interreligieuse entre musulmans, chrétiens, juifs et autres croyants doit être prise au sérieux par les éducateurs, les religieux et les familles.

Les pôles de diffusion du savoir et de l'éducation religieuse doivent élaborer et échanger des plans en vue de promouvoir la tolérance, l'amitié et la compassion réciproques. Sans demander à quiconque de renier sa propre religion, il est envisageable de respecter la dignité et les croyances des autres, en mettant l'accent sur les aspects communs et unificateurs des religions (Dieu, morale, bienfaisance, etc.). Des initiatives ont été déjà prises dans ce domaine mais elles restent relativement peu visibles et n'ont pas de soutien politique suffisant. Il s'agit par exemple des efforts fournis par le Conseil œcuménique des Églises (Genève) et l'Église catholique, dont les modèles de dialogue sont dignes d'intérêt[9].

Les médias, la famille et l'école ont un rôle déterminant à jouer dans le domaine de la tolérance et de l'échange d'informations entre les mondes islamique, chrétien, judaïque, hindouiste et autres. Si l’on veut y arriver, il faut que la guerre des médias et l'esprit de croisade qui règnent dans ces sphères religieuses cessent à tout jamais. Certaines organisations internationales et régionales (ONU, UNESCO, Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Union européenne, Union africaine, Conférence islamique, Conseil œcuménique des Églises) devraient élaborer un code d’éthique en s’efforçant de privilégier le respect de la dignité humaine et de rejeter la discrimination basée sur l'appartenance à une race ou une religion, comme l'exigent d'ailleurs certains instruments internationaux des droits de l'homme.

Il est encore temps de cesser de promouvoir sournoisement à l'école ou en famille les images négatives de l'islam, du judaïsme et du christianisme. Par exemple, il faudrait cesser d’enseigner dans certains séminaires islamistes le Protocole des Sages de Sion, étude fictive montrant l'existence d'un complot international juif en vue de s'emparer du monde.



[1] E. Renan, La part des peuples sémitiques dans l’histoire de la civilisation, discours présenté au Collège de France le 23 février 1862, voir  M.M. Colin, « Aux sources du discours », à l’adresse http://www.saphirnet.info/article_120html.

[2] Voir dans revue Marianne, Paris, 3-9 juin 2002, p. 15, les commentaires de M. Szafran sur le livre d’O. Fallaci, La rage et l'orgueil, Plon, Paris, 2002, pp. 100 et 148.

[3] M. Szafran citant O. Fallaci, op.cit., p. 188 dans Marianne, ibid., p. 16.

[4] O. Fallaci, Corriere della Sera, 29 septembre 2001, traduit de l’italien par commentaires.com E-magazine suisse d’opinion : http://www.commentaires.com/documents/Pages/fallaci.htm .Voir aussi O. Fallaci, à l’adresse http://www.perso.wanadoo.fr/devernon/oriana_fallaci_.html.

[5] Propos de l'avocat de <personnamew:stonproductidla Ligue>la Ligue des droits de l'homme (LDH), dans Jeune Afrique l'Intelligent, n° 2179, 14/20 octobre 2002, p. 4.

[6] Ibid., p. 4.

[7] Voir l’autobiographie d’Ousama Ibn Munkid (1095-1188) où il donne ses impressions sur la vie et les mœurs des Francs, texte traduit et reproduit par P.Halsall, Internet Medieval Sourcebook, 2000, Site de l’Université : Fordham University Center for Medieval Studies : http ://www.fordham.edu/halsall/sbook.html .Voir aussi H.A. Amin, « Religious impediments to cultural exchanges in the Council of Europe », Colloquy on the contribution of the Islamic civilisation to European countries, Paris, mai 1991, éditions du Conseil de l’Europe, Strasbourg, pp. 1 et suiv. Citation traduite par l’auteur pour faciliter la lecture.

[8]  H. A. Amin, ibid.

[9]Voir H. Teissier (archevêque d'Alger), « Chrétiens et musulmans, cinquante années pour approfondir leurs relations », Pontificio Istituto di Studi Arabi ed Islamistica à l’adresse http://village.flashnet.it/~fn026243/com.htm. Voir aussi L. Gardet, op. cit. (L’islam, religion et communauté), p. 428.