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"Le Temps" Février 2010
"Direct 8" Février 2010
"Le Temps" Février 2010
 L’islam, crise d’identité majeure

Un essai bien informé permet de saisir la complexité et les fractures du monde islamique
 
 On ne dira jamais assez que l’islam n’est pas une religion monolithique. Tout comme le christianisme, elle se décline en diverses traditions et écoles de pensée. Pour les Occidentaux, il n’est pas facile de se repérer au sein d’une telle nébuleuse. Et bien plus simple de réduire cette religion à ses franges fondamentalistes, qui savent monopoliser l’attention des médias. L’attitude des musulmans ajoute souvent à la confusion, lorsqu’ils défendent par exemple à l’unisson le port de la burqa, sous prétexte que la volonté d’interdire un tel vêtement relèverait d’une attitude hostile à l’islam, alors qu’il s’agit de restreindre des expressions extrémistes et trop visibles, qui causent du tort à l’image de cette religion.
L’islam est traversé par des dynamiques identitaires complexes et il est plus que jamais nécessaire de distinguer qui dit quoi au sein de l’espace arabo-musulman. L’étude que Zidane Meriboute a consacrée à l’islamisme et au soufisme apporte à cet égard un éclairage précieux. L’auteur, docteur en relations internationales et droit de l’Université de Genève, est consultant sur les relations avec le monde arabo-musulman au sein d’une importante organisation internationale. Il a pu observer de près les mouvements dont il parle et possède des informations de première main, obtenues sur le terrain.
L’auteur discerne trois courants politiques et culturels majeurs dans le monde islamique aujourd’hui. Le premier, le mouvement islamique mondial salafiste, est de loin celui qui fait le plus parler de lui. Mais il ne faudrait pas occulter les deux autres, qui réunissent une majorité de musulmans: le soufisme et le mouvement réformiste. Chacun de ces courants se subdivise en sous-groupes, ce qui accroît l’impression d’éclatement de la civilisation islamique. Civilisation qui «semble tragiquement menacée de l’intérieur car la confrontation est devenue inévitable, d’une part, entre le sunnisme et le chiisme et, d’autre part, entre le salafisme et la libre-pensée laïque, voire le soufisme», remarque Zidane Meriboute.
On pourra se faire une idée de l’extrême complexité de l’espace arabo-musulman en lisant le chapitre consacré au soufisme, qui pousse parfois le détail jusqu’à l’excès. La partie dévolue au ­prosélytisme des mouvements évangéliques dans les pays musulmans est succincte et essentiellement destinée à un lectorat islamique. Pour un lecteur occidental, les chapitres les plus intéressants sont ceux qui parlent du salafisme mondial, d’Al-Qaida, de la situation des musulmans en Europe et de la nécessité d’instaurer une «diplomatie religieuse» pour résoudre les conflits dans lesquels la religion joue un rôle important.
Certes, le développement mondial du salafisme est plutôt inquiétant. Les intentions pacifiques affichées par des mouvements comme le Hizb ut-Tahrir, la Jama’at e-Islami et la Jama’at at-Tabligh ne font pas oublier leur idéologie anti-occidentale virulente. Des faits récents survenus en Grande-Bretagne, où ces courants sont très présents, ont mis en lumière une volonté de convertir le monde à l’islam et de restaurer le califat.
Il est cependant important de ne pas oublier que ces mouvements sont minoritaires. Et qu’un islam réformiste a commencé à faire son chemin dans les esprits, du moins en Europe, sous l’influence de nouveaux penseurs qui portent un regard critique sur leur tradition.
En annexe, ce livre accueille des photos inédites de l’une des figures majeures du soufisme africain, Cheikh Hamallah, dont la tombe se trouve à Montluçon et suscite de nombreux pèlerinages.
 
Par Par Patricia Briel

samedi6 février 2010
 
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