1ère Partie Prologue
2ème Partie Prologue
Epilogue 1ère Partie
Epilogue 2ème Partie
Epilogue 3ème Partie
Table des Matières 1
Table des Matières 2
Table des Matières 3
Distinction
Commande
Epilogue 1ère Partie

Épilogue Première Partie

a)      Pour une cessation de la guerre de propagande entre les mondes musulman et occidental à l'extérieur de leurs propres frontières. Suivi de quelques remarques sur la réduction des risques de confrontation et de violence entre les civilisations au XXIe siècle

Les relations entre l'Occident et les musulmans n'incitent guère à l'optimisme. Les deux cultures ont des difficultés à trouver des bases sur lesquelles fonder un réel dialogue et à apaiser les tensions qui enveniment quotidiennement leurs rapports. Une stratégie de dialogue, suivie de mesures concrètes, doit être prise au sérieux par la société civile, les intellectuels, les religieux et les organisations qui œuvrent pour la paix. L'obstacle de taille qui sépare les Occidentaux des Orientaux est de nature psychologique. Le mal vient principalement du fait que chacun des deux camps persiste à croire que ses valeurs culturelles sont supérieures à celles du voisin.

Les chrétiens, comme les musulmans, sont fragilisés par la hantise des guerres de religion auxquelles leurs ancêtres ont dû faire face dans le passé. Certains intellectuels au service des lobbies militaro-industriels mondialisés ont continué à entretenir la division, le mépris et le rejet entre les chrétiens, les musulmans, les juifs et autres religions d’Asie et d’Afrique. Les dirigeants des grandes puissances devraient moins écouter les conseillers du « tout sécuritaire » et plutôt prêter l'oreille à leurs propres cercles académiques et aux associations expérimentées qui maîtrisent le domaine de l'anthropologie, de l'histoire et de la psychologie sociale des peuples du Sud.

Il est encore temps de mettre un terme à la culture de la haine raciale et religieuse. Les cercles associatifs épris de paix, en Occident comme dans les pays du Sud, doivent méditer les erreurs du passé et leur opposer des contre-projets afin de les déjouer. Cela évitera aux générations futures de s'engager, comme leurs aînés, sur la voie des préjugés, de la haine et du doute à l'égard de certaines races et religions, arbitrairement classées dans le camp ennemi. Pour étayer mon allusion aux erreurs du passé, je me permets de donner quelques exemples du mépris que certains Occidentaux manifestaient à l'égard des musulmans et vice-versa.

Ainsi, dans son livre Le voyage du centurion, l'écrivain Ernest Psichari établit d'emblée une supériorité des chrétiens sur les musulmans et, afin de rehausser le niveau de ces derniers, il propose de les christianiser à grande échelle. La réussite de cette entreprise de christianisation, c’est-à-dire d’éviction de la religion musulmane, dit-il, implique une volonté de fer. Pour convaincre ses lecteurs, cet auteur met l'accent sur la supériorité et les avantages des valeurs chrétiennes qui, ajoute-t-il, séduiront tôt ou tard les musulmans. Parlant de ces derniers, il dit avec une certitude déconcertante :

« Je sens mieux que nous sommes les vainqueurs et qu'ils sont les vaincus. Qu'avons nous donc de plus ? Je ne sais... quelque chose de plus riche et de plus vrai – la conscience de notre dignité et de notre indignité. Ces deux sentiments sont en nous, ils ne peuvent pas nous tromper et ils ne s'accordent que dans le mystère chrétien. »[1]

Le regard méprisant que jette E. Psichari[2] sur les musulmans en 1947 a été progressivement intériorisé par des pans entiers de la société occidentale. Certains chrétiens, même d'origine arabe, sont convaincus que les musulmans n'ont ni conscience, ni éthique, ni dignité. À leurs yeux, ces handicaps les empêchent d'apprécier les valeurs occidentales et surtout de distinguer entre la liberté absolue et la servitude. Ils pensent également que contrairement aux musulmans, « esclaves tremblants » et « égoïstes », les chrétiens sont par nature des êtres charitables qui expriment invariablement l'amour qui les habite.

Enfin, ces mêmes propagandistes sont convaincus que les valeurs supérieures qui distinguent les chrétiens des musulmans ne s'acquièrent que par la grâce de Jésus-Christ. Mieux encore, certains hommes politiques occidentaux ont exprimé leur mépris profond pour l'essence même de l'islam. D’autre, encore, ont tenté de dépersonnaliser l’Arabe en vue de l’éliminer en tant qu’adversaire politique. Ils ont essayé de trouver en lui les défauts « d’une collectivité appréciée en tant que race »[3] afin de justifier sa domination à travers l’exploitation coloniale.  À cet égard, à la fin du XIXe siècle, Auguste Pomel, écrivain et député français, voyait dans ce qu'il appelait « l'obscurantisme mahométan » 

« le gouvernement despotique des familles et tribus, l'égoïsme sordide des êtres, la commercialisation des femmes-enfants, les produits immanents d'une race. Race abâtardie, parce que fermée sur elle-même, inadaptée parce qu'improductive, déprédatrice et incapable, inadaptable parce que définitivement rebelle au progrès et à la civilisation. Un 'peuple enfant et barbare' réfugié dans ses fausses gloires passées et perdu dans un rêve hypocrite du Moulay-Saa (du Maître de l'heure, vengeur futur des décadences présentes) possède des 'défauts ataviques' que <personnamew:stonproductidla France>la France ne pourra réduire en l'attaquant de front »[4].

Dans un langage encore plus violent, ce député ajoutait, sans remords :

« Le mahométisme semble plus spécialement convenir aux sociétés dont l'évolution sociale s'est arrêtée dans la phase du patriarcat barbare. La société arabe est le type le mieux caractérisé de cette constitution politique, qui semble s'être incarnée à perpétuité dans sa race.

La famille tout entière soumise despotiquement au plus ancien des ascendants, seul propriétaire et administrateur jaloux de ses biens ; (...) un statut théocratique dont l'absolutisme est le pivot et le fatalisme le critérium ; une société composée de trois classes : le prêtre sordide, hypocrite et fainéant, marabout par succession, influent surtout en raison de son ignorance fanatique ; le noble, grand seigneur pouilleux, pour lequel le travail productif est avilissant au contraire du travail stérile ou destructif qui est honorifique ; le serf qui doit nourrir ces deux maîtres, mais qui est presque libre de mourir de faim avec le cinquième de ce que produit son travail (...) »[5].

Et A. Pomel de conclure, avec la même verve haineuse qui s'apparente au fascisme, qu'à ses yeux il n' y avait point de doute que

« (...) l'Arabe est le plus incapable des agriculteurs : il n’est bon qu'à gaspiller et détruire les richesses naturelles (…) et on peut dire du reste que c'est un résultat inséparable du régime de barbarie patriarcale dans lequel il se complaît »[6].



[1] E. Psichari, Le voyage du centurion, éditions Conard, Paris, 1947, pp. 224-226 cité par P. Lucas et J.-C. Vatin., L'Algérie des anthropologues, éditions Maspero, Paris, 1979, p. 178.

[2] E. Psichari, ibid., p. 7 et suiv..

[3] Voir  P. Lucas, J.C. Vatin, op. cit. , p. 129

[4] P. Lucas et J.-C. Vatin, op.cit., p. 129.

[5] Ibid., pp. 130 et suiv.

[6] A. Pomel, Des races indigènes de l'Algérie et du rôle que leur réservent leurs aptitudes, imprimerie <personnamew:stonproductidLa Typo-Litho>La Typo-Litho, éditions Veuve Dagorn, Oran (Algérie), 1871, pp. 5-7, 18, 31, ainsi que P. Lucas et J.-C. Vatin, ibid., p. 131.